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ToggleImage Guided Radiation Therapy : comprendre la radiothérapie guidée par l'image
Mis à jour le 20/07/2026 par Jonathan Arnaud
L'image guided radiation therapy — ou IGRT — représente l'une des avancées les plus significatives de l'oncologie moderne : en associant l'imagerie médicale en temps réel à la délivrance de rayonnements ionisants, elle permet de cibler une tumeur avec une précision que la radiothérapie conventionnelle ne pouvait pas atteindre. Selon les données publiées par l'Institut National du Cancer (INCa), plus de 200 000 patients bénéficient chaque année d'une radiothérapie en France, et la proportion traitée par des techniques guidées par l'image ne cesse d'augmenter. Ce guide vous explique tout ce que vous devez savoir sur cette technologie, de ses principes physiques à ses applications cliniques concrètes.
Qu'est-ce que l'image guided radiation therapy ?
L'image guided radiation therapy est une technique de radiothérapie dans laquelle des images médicales sont acquises immédiatement avant — et parfois pendant — chaque séance d'irradiation, afin d'ajuster précisément la position du faisceau par rapport à la tumeur. Contrairement à la radiothérapie tridimensionnelle classique, qui se base sur une planification réalisée plusieurs jours avant le traitement, l'IGRT intègre la réalité anatomique du patient au moment T, le jour même de l'irradiation.
L'enjeu est fondamental : les organes bougent. La vessie se remplit, les poumons se dilatent, la prostate se déplace légèrement selon l'état du rectum. Sans imagerie de contrôle, le faisceau risque d'atteindre des tissus sains en épargnant partiellement la cible tumorale. L'IGRT corrige ce décalage en temps réel.
J'ai eu l'occasion de couvrir photographiquement un service de radiothérapie pour un reportage documentaire. Ce qui m'a frappé, c'est la ressemblance formelle entre le travail du physicien médical et celui d'un photographe : l'un comme l'autre cherche à figer, à cadrer, à exposer avec précision — sauf que dans une salle de traitement, l'exposition est une question de vie.
Comment fonctionne l'IGRT en pratique ?
L'IGRT fonctionne selon un protocole en plusieurs étapes : acquisition d'images de référence lors de la simulation, acquisition d'images de contrôle le jour de chaque séance, comparaison automatisée ou manuelle des deux jeux d'images, correction de position du patient ou du faisceau, puis irradiation.
Voici les grandes étapes d'un parcours IGRT type :
- Simulation : le patient est scanné (souvent par tomodensitométrie, parfois par IRM) en position de traitement. Le radio-oncologue délimite le volume tumoral (GTV), les marges de sécurité (CTV, PTV) et les organes à risque.
- Planification dosimétrique : un logiciel calcule la distribution de dose optimale pour maximiser l'irradiation de la tumeur tout en préservant les structures saines environnantes.
- Séances de traitement : à chaque séance — généralement quotidienne, cinq jours par semaine — le patient est repositionné sur la table de traitement. Un système d'imagerie intégré à l'accélérateur linéaire acquiert de nouvelles images.
- Recalage : les images du jour sont superposées aux images de référence. Les écarts de position sont mesurés automatiquement. Une correction est appliquée (déplacement de table ou ajustement du faisceau) si l'écart dépasse un seuil prédéfini, typiquement quelques millimètres.
- Irradiation : une fois la position validée, le traitement est délivré.
Quelles technologies permettent de guider la radiothérapie par l'image ?
Plusieurs systèmes d'imagerie sont actuellement intégrés aux accélérateurs linéaires modernes, chacun avec ses avantages et ses contraintes.
| Technologie | Principe | Résolution des tissus mous | Dose supplémentaire |
|---|---|---|---|
| CBCT (Cone Beam CT) | Rayons X volumétriques | Modérée | Faible |
| Fluoroscopie / kV planaire | Radiographies 2D | Faible | Très faible |
| Échographie | Ultrasons | Bonne (prostate) | Nulle |
| IRM embarquée (MR-Linac) | Champ magnétique + radiofréquence | Excellente | Nulle |
| Imagerie portale (EPID) | Détection MV du faisceau lui-même | Faible | Très faible |
Le MR-Linac représente la frontière technologique actuelle. Développé notamment par Elekta (MR-Linac Unity) et ViewRay (MRIdian), il couple un accélérateur linéaire avec un IRM 1,5 Tesla ou 0,35 Tesla. L'imagerie IRM offre un contraste en tissus mous sans égal, ce qui permet de visualiser la tumeur elle-même — et non seulement les structures osseuses ou les repères anatomiques — en temps réel, y compris pendant l'irradiation. Cette technologie ouvre la voie à ce qu'on appelle l'adaptive radiotherapy : la redéfinition des volumes cibles séance par séance, voire en temps réel.
L'échographie reste utilisée en radiothérapie de la prostate dans certains centres, principalement pour son innocuité (absence de radiation supplémentaire) et sa capacité à visualiser la position de la prostate en temps réel.
Pour en savoir plus sur les fondements physiques de la radiothérapie, la page Wikipedia consacrée à la radiothérapie constitue un point d'entrée sérieux et régulièrement mis à jour.
Quels cancers sont traités par l'image guided radiation therapy ?
L'IGRT est indiquée pour toutes les localisations tumorales où les mouvements intra- ou interfractionnels sont significatifs, ou lorsque la tumeur est proche d'organes à risque particulièrement radiosensibles.
Les principales indications cliniques incluent :
- Cancer de la prostate : localisation emblématique de l'IGRT, car la prostate peut se déplacer de plusieurs millimètres selon le remplissage rectal et vésical. L'IGRT permet de réduire les marges de sécurité et donc d'épargner davantage le rectum et la vessie.
- Cancers pulmonaires : les tumeurs du poumon suivent les mouvements respiratoires. L'IGRT est souvent couplée à un asservissement respiratoire (gating) ou à un suivi tumoral en temps réel.
- Cancers du sein : notamment pour les traitements intégrant la chaîne mammaire interne, proches du cœur et des poumons.
- Tumeurs abdominales et pelviennes : foie, pancréas, rectum, col de l'utérus — toutes ces localisations bénéficient du recalage quotidien.
- Tumeurs cérébrales et ORL : même si les mouvements y sont moindres, la précision millimétrique est cruciale compte tenu de la densité des structures à risque (tronc cérébral, nerfs optiques, glandes salivaires).
- Métastases osseuses et rachidiennes : la stéréotaxie extracränienne (SBRT/SABR), qui délivre des doses élevées en peu de fractions, repose obligatoirement sur l'IGRT.
Les avantages de l'IGRT face à la radiothérapie conventionnelle
L'avantage principal de l'IGRT est de permettre une réduction des marges de sécurité entourant le volume tumoral cible, ce qui se traduit par une meilleure protection des organes sains et, souvent, par la possibilité d'augmenter la dose délivrée à la tumeur.
En pratique, plusieurs bénéfices cliniques sont documentés :
- Réduction des toxicités aiguës et tardives : en épargnant mieux le rectum dans le cancer de la prostate, par exemple, les études comparatives montrent une diminution des troubles digestifs post-traitement.
- Escalade de dose : la précision accrue autorise des doses biologiquement plus élevées sur la tumeur, ce qui améliore le contrôle local. C'est le principe des traitements hypofractionnés comme la SBRT, qui concentre en 3 à 5 séances une dose équivalente à plusieurs semaines de radiothérapie conventionnelle.
- Adaptation en cours de traitement : certains centres pratiquent l'adaptive radiotherapy hebdomadaire ou quotidienne, qui replanifie le traitement pour tenir compte de l'évolution de la tumeur (réponse thérapeutique, perte de poids, variation anatomique).
- Confort patient : moins de contraintes de préparation stricte lorsque les systèmes peuvent compenser une préparation imparfaite.
- Traçabilité : chaque séance est documentée par des images, constituant un historique précis des conditions d'irradiation — un aspect qui ne m'échappe pas en tant que photographe : l'image comme preuve, comme mémoire fidèle du réel.
Si la question de l'imagerie médicale vous intéresse sous un angle différent — celui de la photographie clinique et documentaire — je vous invite à découvrir mon approche du reportage documentaire et à explorer mes travaux de portrait et de reportage.
Quelles sont les limites et les risques de cette technique ?
L'image guided radiation therapy n'est pas exempte de contraintes. La première — souvent sous-estimée par les patients — est la dose de rayonnement supplémentaire induite par l'imagerie elle-même. Un CBCT quotidien représente une dose additionnelle de l'ordre de quelques milligrays par séance. Sur un traitement de 30 à 35 fractions, cela devient non négligeable, même si cette dose reste très inférieure à celle délivrée à titre thérapeutique. L'IRM embarquée résout ce problème en n'ajoutant aucune irradiation.
Parmi les autres limites :
- Durée de séance allongée : l'acquisition et le recalage d'images prennent du temps supplémentaire (5 à 15 minutes selon les systèmes), ce qui alourdit la logistique des services de radiothérapie.
- Coût des équipements : un MR-Linac coûte plusieurs millions d'euros et requiert une infrastructure spécifique. Tous les établissements ne peuvent pas en être équipés.
- Compétences humaines requises : l'interprétation des images de recalage nécessite une formation spécifique des manipulateurs et des physiciens médicaux.
- Mouvements intra-fractionnels résiduels : même avec un recalage pré-traitement parfait, la tumeur peut bouger pendant les quelques minutes que dure l'irradiation. Seuls les systèmes de tracking en temps réel (MR-Linac, systèmes optiques de surface) permettent de gérer cette problématique.
- Artefacts d'image : les clips chirurgicaux, les prothèses métalliques ou les graisses viscérales peuvent dégrader la qualité du CBCT et compliquer le recalage.
Questions fréquentes
Q: L'image guided radiation therapy est-elle douloureuse ? R: Non. L'IGRT n'est pas plus douloureuse que la radiothérapie conventionnelle. L'imagerie de guidage (CBCT, IRM) est totalement indolore. Certains patients peuvent ressentir un inconfort lié à la position de traitement, maintenue immobile pendant plusieurs minutes, mais le traitement lui-même ne génère aucune sensation particulière au moment de l'irradiation.
Q: Combien de séances d'IGRT sont généralement nécessaires ? R: Le nombre de séances dépend entièrement de la localisation et du type de tumeur, ainsi que du protocole choisi. Un traitement conventionnel comprend 25 à 35 séances quotidiennes sur 5 à 7 semaines. Les protocoles hypofractionnés SBRT réduisent ce nombre à 3 à 8 séances. Dans tous les cas, l'imagerie de guidage est réalisée à chaque séance.
Q: L'IGRT est-elle remboursée en France ? R: Oui. La radiothérapie guidée par l'image est prise en charge dans le cadre de la prise en charge de l'assurance maladie pour les traitements oncologiques reconnus. Les actes de radiothérapie conformationnelle avec imagerie sont inscrits à la nomenclature. Renseignez-vous auprès de votre centre de radiothérapie et de votre caisse d'assurance maladie pour les modalités précises.
Q: Quelle est la différence entre l'IGRT et la IMRT (radiothérapie par modulation d'intensité) ? R: Ce sont deux concepts complémentaires, souvent associés. La IMRT (Intensity Modulated Radiation Therapy) désigne la façon dont le faisceau est modulé spatialement pour sculpter la distribution de dose. L'IGRT désigne le processus de guidage par l'image pour repositionner correctement ce faisceau. Un traitement peut être à la fois IMRT et IGRT — c'est d'ailleurs la combinaison la plus fréquente dans les centres modernes.
Q: Le MR-Linac est-il disponible dans tous les hôpitaux français ? R: Non. À ce jour, le nombre de MR-Linac installés en France reste limité à quelques centres hospitalo-universitaires et établissements spécialisés. L'équipement est coûteux et techniquement exigeant. Les centres concernés publient généralement cette information sur leur site. L'Institut de Cancérologie de l'Ouest, Gustave Roussy ou les CHU de Lyon et Paris figurent parmi les établissements pionniers dans ce domaine.
Q: Peut-on recevoir l'IGRT si l'on a un stimulateur cardiaque ? R: C'est une contrainte à évaluer au cas par cas avec l'équipe médicale. Les accélérateurs linéaires peuvent interférer avec certains dispositifs électroniques implantés. Le MR-Linac, en raison de son champ magnétique, est en principe contre-indiqué avec un stimulateur cardiaque classique. Des dispositifs compatibles IRM existent, mais la décision appartient toujours au cardiologue et au radio-oncologue conjointement.
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Jonathan Arnaud — Photographe portrait et reportage à Toulouse. Formé à la photo de rue avant de se spécialiser dans le portrait et le reportage documentaire, il explore les frontières entre l'intime et le collectif, toujours à la recherche de ce qui révèle sans jamais figer.