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ToggleImage avec plaisir : comment retrouver le goût de photographier vraiment
Mis à jour le 02/08/2026 par Jonathan Arnaud
Faire une image avec plaisir, c'est peut-être la chose la plus simple et la plus difficile à la fois dans la pratique photographique. Simple parce que le plaisir est une boussole intérieure — vous le sentez immédiatement. Difficile parce que les obligations, les comparaisons sur les réseaux sociaux et la pression de la technique finissent souvent par l'étouffer. D'après mon expérience sur le terrain depuis une dizaine d'années, la majorité des photographes amateurs traversent au moins une période de sécheresse créative où déclencher devient une corvée plutôt qu'une joie.
Qu'est-ce que photographier avec plaisir signifie vraiment ?
Photographier avec plaisir, c'est être dans un état d'attention ouverte où le résultat importe moins que l'acte de voir. Ce n'est pas l'euphorie d'un cliché viral — c'est quelque chose de plus calme, de plus ancré : une curiosité sincère pour le monde devant l'objectif, une légèreté dans la façon d'appuyer sur le déclencheur.
Je me souviens d'une matinée à Toulouse, place Saint-Sernin, peu après l'aube. J'avais mon appareil en bandoulière, sans commande, sans rendez-vous client. Juste moi et la lumière rasante sur le parvis. J'ai fait peut-être vingt images en deux heures. Pas une n'était "parfaite" au sens technique. Pourtant, chacune d'elles portait quelque chose que je retrouve rarement dans les shootings professionnels les mieux rodés : la trace d'un regard libre.
Le plaisir photographique se situe à l'intersection de trois éléments :
- L'attention : être présent à ce qui se passe, pas à ce que l'on devrait faire
- L'intention : avoir une idée, même vague, de ce que l'on cherche à exprimer
- L'acceptation : lâcher le contrôle sur le résultat sans pour autant renoncer à l'exigence
Pourquoi le plaisir disparaît-il en photographie ?
Le plaisir s'érode principalement à cause de l'accumulation de pressions externes qui parasitent le regard intérieur. La réponse courte : on cesse de photographier pour soi, et on commence à photographier pour les autres.
Les causes sont multiples et souvent combinées :
| Cause | Effet sur la pratique | Signe d'alerte |
|---|---|---|
| Réseaux sociaux et métriques | On photographie ce qui plaît, pas ce qu'on voit | Déclencher en pensant aux likes |
| Surcharge technique | La technique prime sur l'émotion | Passer plus de temps sur les specs que sur le terrain |
| Comparaison permanente | Dévalorisation de son propre regard | "Je ne serai jamais aussi bon que…" |
| Commandes répétitives | Routine et manque de liberté créative | Ennui devant un sujet qu'on aime habituellement |
| Perfectionnisme | Blocage avant même de déclencher | Photographier de moins en moins |
J'ai vécu cette phase. Pendant environ un an, entre 2021 et 2022, je n'arrivais plus à sortir photographier sans avoir en tête la grille de mon feed. Chaque image était pré-filtrée avant même d'exister. C'est épuisant, et c'est stérile.
Comment faire une image avec plaisir au quotidien ?
Pour faire une image avec plaisir régulièrement, la clé est d'instaurer des rituels de pratique libre, déconnectés de toute publication ou validation externe. L'image avec plaisir se cultive, elle ne surgit pas par hasard.
Voici la méthode que j'applique et que je transmets lors de mes accompagnements :
1. Définir un "espace de jeu" hebdomadaire
Réservez un créneau fixe — même trente minutes — uniquement dédié à photographier sans objectif défini. Pas de thème imposé, pas de client, pas d'intention de publier. Juste marcher et regarder. Ce créneau devient un espace de décompression créative.
2. Choisir une contrainte volontaire
Paradoxalement, une contrainte choisie libère. Un seul objectif fixe. Une seule couleur. Un seul quartier. La contrainte force l'attention, élimine les options parasites et relance la curiosité. Scott Schuman, dont le travail sur The Sartorialist m'a beaucoup influencé, raconte souvent qu'il sort avec l'idée de chercher une seule chose — une texture, une silhouette — et que c'est précisément cette focalisation qui lui permet de voir ce qu'il n'aurait jamais vu autrement.
3. Shooter en RAW mais regarder en JPEG
L'un des pièges du numérique est de passer plus de temps devant l'écran qu'à photographier. En configurant votre appareil pour afficher les aperçus JPEG sur l'écran arrière tout en capturant en RAW, vous gardez le plaisir immédiat du regard sans perdre la qualité du fichier pour le traitement ultérieur.
4. Se reconnecter au sujet, pas à l'image
Lorsque je photographie un portrait, mon attention se porte d'abord sur la personne — sa façon de tenir ses mains, l'imperceptible tension dans les épaules avant qu'elle se relâche, le moment exact où elle oublie l'appareil. L'image avec plaisir naît de cette relation au sujet, pas de la traque d'un bon cadre.
Pour explorer davantage mes approches du portrait en situation réelle, vous pouvez consulter mon portfolio de portraits documentaires sur jonathan-photographie.com.
Les exercices concrets pour retrouver son élan créatif
Plusieurs exercices pratiques permettent de retrouver rapidement le plaisir de photographier, même après une longue période de blocage.
L'exercice des 36 poses
Simulez les contraintes de la pellicule argentique : limitez-vous à 36 déclenchements par session. Ce chiffre arbitraire mais symbolique oblige à sélectionner avant de shooter, à choisir plutôt qu'à mitrailler. Beaucoup de photographes qui pratiquent cet exercice rapportent un regain immédiat de concentration et de satisfaction.
La promenade sans but précis
Prenez votre appareil, sortez sans destination et marchez. Pas de repérages préalables, pas de spot repéré sur Instagram. Laissez votre regard guider vos pas. C'est souvent dans ces moments que surgissent les images les plus personnelles — celles qui ne ressemblent à rien de ce qu'on a déjà vu parce qu'elles naissent d'une rencontre spontanée avec le réel.
Le projet de 30 jours
Choisissez un sujet très large — la lumière, les mains, les seuils, les ombres — et photographiez-le chaque jour pendant un mois. Pas besoin que chaque image soit réussie. L'objectif est de maintenir une régularité qui transforme peu à peu l'acte de photographier en réflexe naturel plutôt qu'en effort.
- Choisir un sujet suffisamment large pour ne pas s'épuiser
- Photographier même quand l'envie n'est pas là — l'élan suit souvent l'action
- Ne jamais publier pendant les 30 jours : conserver les images pour soi
- Relire l'ensemble à la fin et identifier les images qui étaient des surprises
Imprimer ses images change radicalement le rapport à son travail. Un fichier numérique reste abstrait ; une épreuve papier existe physiquement. L'acte de sélectionner, commander et recevoir une impression oblige à confronter son travail différemment. C'est une pratique que j'ai reprise après ma période de blocage et qui a contribué à me réconcilier avec mes propres images.
Quel rôle joue le matériel dans le plaisir de photographier ?
Le matériel influence le plaisir de photographier, mais rarement de la façon dont on l'imagine. Ce n'est pas la qualité technique qui détermine le plaisir — c'est l'adéquation entre l'outil et votre façon de voir.
Un appareil encombrant que vous laissez chez vous parce qu'il pèse trop lourd dans le sac n'est pas le bon appareil, quelle que soit sa réputation. Un boîtier compact que vous emportez partout, qui s'oublie dans la main, qui ne vous fait pas sentir comme un équipement militaire au milieu d'une scène de rue — celui-là vous fera probablement plus progresser et plus plaisir que le dernier full-frame à 4 000 euros.
La question à se poser n'est pas "quel est le meilleur appareil ?" mais "quel appareil m'invite à photographier ?" Ce sont souvent deux réponses très différentes.
J'ai photographié certaines de mes images préférées avec un appareil compact compact que je gardais dans la poche intérieure de ma veste. La discrétion qu'il offrait dans la rue changeait la nature même de mes images — les gens m'oubliaient plus vite, les situations se déployaient naturellement. Ce n'était pas une question de mégapixels.
Pour en savoir plus sur les approches documentaires que je développe à Toulouse, vous pouvez lire mes réflexions sur la photographie de rue et le portrait sur jonathan-photographie.com.
Comment partager ses images avec plaisir sans tomber dans le piège des likes ?
Partager ses images avec plaisir suppose de dissocier radicalement l'acte de publication de la validation extérieure. La réponse est directe : publier doit redevenir un acte de partage, pas une demande de jugement.
Quelques principes que j'applique :
Publier avec délai
Ne jamais publier une image le jour même où elle a été faite. Le délai — même quarante-huit heures — permet de se détacher de l'excitation du moment et de regarder l'image avec des yeux moins biaisés. Les images qui résistent à ce recul sont celles qui méritent d'être partagées.
Choisir ses espaces de diffusion
Tous les réseaux ne se valent pas pour tous les photographes. Certains prospèrent sur Instagram, d'autres préfèrent Flickr, un blog, ou même une newsletter. L'essentiel est de trouver l'espace où vous vous sentez en dialogue avec un public qui partage vos intentions, pas un public qui consomme vos images comme du contenu interchangeable.
Séparer les images personnelles des images publiques
Toutes vos images n'ont pas à être publiées. Garder une archive personnelle d'images qui ne sortiront jamais — ou peut-être dans dix ans — protège une partie de votre pratique de la logique de performance. Cette séparation est, à mes yeux, l'une des conditions essentielles pour maintenir le plaisir sur le long terme.
La photographie humaniste, telle qu'elle a été définie et pratiquée par des photographes comme Willy Ronis ou Robert Doisneau, reposait précisément sur cette primauté du regard sur la diffusion. Les images se faisaient d'abord pour témoigner, pas pour performer.
Questions fréquentes
Q: Comment retrouver le plaisir de photographier quand on est dans une période de blocage ? R: Commencez par sortir sans objectif défini, avec votre appareil le plus léger, sans intention de publier. Réduisez le nombre de déclenchements volontairement et reconnectez-vous à la dimension physique et sensorielle de la pratique : la lumière, le son, le mouvement. Le plaisir revient généralement quand on cesse de chercher à faire de "bonnes" images.
Q: Est-il possible de faire des images avec plaisir dans un contexte professionnel sous contraintes ? R: Oui, à condition de ménager des espaces de liberté à côté des commandes. La pratique personnelle régulière — même courte — nourrit la pratique professionnelle. Les deux ne sont pas opposées : elles s'alimentent mutuellement si on les maintient distinctes.
Q: Le matériel photo a-t-il une influence sur le plaisir de photographier ? R: Oui, mais principalement à travers l'ergonomie et la discrétion, pas à travers les performances techniques. L'appareil qui vous accompagne partout parce qu'il s'oublie dans la main est souvent plus précieux que celui qui reste chez vous parce qu'il est trop imposant.
Q: Comment ne pas tomber dans l'obsession des likes quand on partage ses images en ligne ? R: Instaurer un délai entre la prise de vue et la publication, choisir soigneusement ses espaces de diffusion, et maintenir une archive personnelle d'images jamais publiées. La validation extérieure devient moins addictive quand elle ne constitue plus le seul regard que vous portez sur votre travail.
Q: Faut-il suivre des formations ou des ateliers pour retrouver le plaisir de photographier ? R: Les ateliers peuvent aider, notamment parce qu'ils créent un cadre de pratique collective qui dynamise la créativité. Mais le plaisir naît rarement d'une acquisition technique supplémentaire — il naît d'une relation renouvelée avec le regard. Parfois, photographier moins et observer plus suffit à tout changer.
Q: La photographie argentique aide-t-elle à retrouver le plaisir ? R: Pour beaucoup de photographes, oui. La contrainte du nombre de poses limité, le temps de latence entre la prise de vue et le résultat, et l'aspect physique du tirage papier contribuent à ralentir la pratique et à réinventer une forme d'attention. Ce n'est pas une solution universelle, mais c'est un outil efficace pour briser les automatismes numériques.
Jonathan Arnaud — Photographe portrait et reportage à Toulouse. Après des années de photographie de rue, il développe un regard documentaire sur le portrait et les récits visuels, cherchant dans chaque image ce qui révèle une présence sans jamais la figer.